Les artistes à Saint-Guénolé

Le Pays bigouden attire les artistes depuis plus de deux siècles et Saint-Guénolé n’est pas en reste (1). Ses rochers, ses monuments, sa population ont été sources d’inspiration pour d’innombrables peintres, dessinateurs, sculpteurs, photographes et réalisateurs (2). J’ai choisi de découper ces deux siècles en quatre grandes périodes (3).

1800-1883

1884-1918

1918-1940

1941-1980

N’étant pas historien d’art, mon ambition à travers cette série d’articles est simplement de recenser de la manière la plus exhaustive possible les artistes qui ont travaillé au moins une fois à Saint-Guénolé entre 1800 et 1980 environ. Tous ne seront cependant pas cités, j’ai établi des critères de notoriété pour écarter les moins connus (Je n’ai retenu que les artistes qui bénéficient d’un article dans Wikipédia, dans le Bénézit, ou dans un ouvrage d’art de référence). Pour des problèmes de droit, seules les œuvres des artistes décédés depuis plus de 70 ans seront reproduites ici. Ces notices sur les artistes paraîtront petit à petit au cours des mois à venir.

Les premiers artistes à Saint-Guénolé (ca 1800-1883)

La Bretagne commence à attirer les artistes à partir des années 1830, mais Saint-Guénolé et le pays bigouden sont peu concernés par cette première vague, il faudra attendre l’arrivée du train à Pont-l’Abbé en 1884 pour voir régulièrement des artistes à Saint-Guénolé.

Quelques peintres ou dessinateurs se sont tout de même aventurés jusqu’à Saint-Guénolé avant 1884. Ces pionniers font preuve de beaucoup de mérite, car les conditions de voyage ne sont pas fameuses. Le train n’atteint Rennes qu’en 1857 et Quimper en 1863 et la route entre Quimper et Saint-Guénolé s’avère plutôt mauvaise. A la fin du XIXe siècle, Jacques Cambry jugeait que « les chemins qui mènent à cette côte sont les plus mauvais de Bretagne ». Un demi-siècle plus tard, la situation n’a guère changé.

En outre, sur place à Saint-Guénolé il n’y a pas d’hébergement. Il faut dormir à l’auberge Courtois du bourg de Penmarc’h, ou alors à Pont-l’Abbé.

Parmi ces artistes, plusieurs sont dessinateurs d’albums lithographiques. Honorant des commandes, ils passent rapidement à Saint-Guénolé. Pour eux ce n’est qu’une étape de plus parmi les nombreux sites pittoresques de la région.

Certains artistes cependant font le choix délibéré de se rendre tout au bout de la Bretagne. Mais qu’est-ce-qui les attire à Saint-Guénolé ? Essentiellement sa réputation tragique, construite par les livres de Cambry, Fréminville ou Souvestre. Ces écrits évoquent des champs de ruines romantiques, des tempêtes effrayantes (4)…

En 1870, la mort de la famille de l’ancien préfet Levainville, très commentée dans les journaux de l’époque, attise encore plus cet intérêt pour Saint-Guénolé.

Ces peintres et dessinateurs se consacrent essentiellement à la tour carrée et aux rochers (5). Le port n’est pas vraiment pris en considération et les premières usines ne sont probablement pas jugées dignes de figurer sur une toile. La plage de Pors Carn quant à elle est carrément oubliée, il faut dire que la mode des bains de mer commence à peine. L’élément humain est également négligé, on ne trouve pas de portraits.

Le premier artiste à Saint-Guénolé précède les autres de plusieurs décennies. Il s’agit d’Olivier Perrin qui fait le voyage de Quimper jusqu’à Penmarc’h au début du 19e siècle. Il faudra ensuite attendre les années 1840 pour revoir des artistes à Saint-Guénolé.

Les autres artistes de cette période sont assez peu connus ou parfois même complètement oubliés. Deux peintres cependant font exception, les Daubigny père et fils.

Liste des artistes de cette période (1800-1883)

Auguste Allongé, Félix Benoist, Adrien Champel, Charles-François Daubigny, Karl Daubigny, Paul Du Châtellier, Edme-Adolphe Fontaine, Alexis-Victor Joly, Félix Marant-Boissauveur, Auguste Mayer, Fanny Bury Palliser, Olivier Perrin, Emile Sagot.

Les artistes au tournant du siècle (1884-1918)

A partir de 1884, date de l’arrivée du train à Pont-l’Abbé, Saint-Guénolé sort petit à petit de son isolement. Des artistes, Parisiens pour beaucoup, étrangers parfois, vont désormais pouvoir découvrir Saint-Guénolé.

Par ailleurs les peintres de Pont-Aven (6), de Douarnenez et surtout de Concarneau commencent à s’aventurer en Pays bigouden, attirés par ses costumes, ses pardons, et aussi par sa lumière et ses paysages.

Les conditions d’accueil changent aussi, avec l’ouverture de plusieurs hôtels sur place : hôtel Charpentier (1885), hôtel de Bretagne (1889), hôtel Saint-Guénolé (1892). Ce dernier, tenu pendant quelques années par le sculpteur Emile Bickel, attire particulièrement les artistes. Mais ceux-ci ne s’installent presque jamais sur place, Saint-Guénolé n’est qu’un lieu de passage pour une journée ou tout au plus pour quelques jours. L’isolement, la rudesse du climat et du paysage les dissuadent de séjourner plus longtemps dans ce bout du monde (7).

En plus des peintres et des dessinateurs, cette période voit aussi passer quelques photographes et même un réalisateur de cinéma.

La notoriété de Penmarc’h augmente fortement avec l’inauguration du phare d’Eckmühl en 1897 et aussi, malheureusement, avec la crise de la sardine à partir de 1902. Ces deux événements bénéficient d’une forte couverture médiatique nationale. Par ailleurs l’arrivée du chemin de fer à Saint-Guénolé en 1907 favorise encore un peu plus le désenclavement de la pointe bigoudène.

Les artistes de la période précédente ne s’intéressaient qu’aux rochers et à la Tour carrée, les nouveaux visiteurs restent attachés à ces deux thèmes mais élargissent leurs centres d’intérêt à la vie du port, aux marins, aux bigoudènes. Quelques nouveaux sites apparaissent : le Viben, le Stouic, l’Ile Fougère

J’ai retrouvé plus de soixante artistes pour cette période :

Liste des artistes de cette période (1884-1918)

Fernand Allard-L’Olivier, Hans von Bartels,Amédée Besnus, Emile Bickel, Birck, Etienne Bouillé, Eugène Bourgeois, Emile Boussu, Théophile Busnel, Paul-Emile Colin, Charles Cottet, Maurice Courant, François Courboin, Léon Couturier,Georges Dantu, André Dauchez, Germain David-Nillet, Robert Delaunay, Georges Denola, Théophile Deyrolle, Edouard Doigneau, Paul Dopff, Edgard Farasyn,Georges Fichefet, Georges Gobo, Paul Gruyer, Ernest Guérin, Alfred Guillou, Francis Hennequin, Takeshiro Kanokogi, Gaston de La Touche, Gaston de Latenay, Fernand Le Gout-Gérard, Jean Julien Lemordant, André Léveillé, Lucien Lévy-Dhurmer, Félix Martin-Sabon, Emmanuel de Martonne, Maxime Maufra, Henri Meunier, Médéric Mieusement, Joseph Milner-Kite, Maurice Moisset, Louis Moreau, Henry Moret, Alexandre Nicolaï, Georges Nitsch, Elizabeth Nourse, Roderic O’Conor,Edmond de Palézieux,Paul Pascal, Alfred Pichon, Suzanne Pichon, Pierre-Bertrand, Jean Puy, Jules Robuchon, Henri Roger, Gabriel Rousseau,Victor Joseph Roux-Champion, Lucien Simon, Abel Soreau, Léopold Stevens, Philippe Tassier, Louis Tesson, de Thézac, Victor Vignon, Alfred Wahlberg.

Les artistes de l’entre-deux-guerres (1919-1940)

Saint-Guénolé attire toujours les artistes au lendemain de la Guerre 1914-1918. Ils viennent pour sa lumière, pour son côté pittoresque : ses rochers, ses tempêtes, son port, ses costumes, ils peuvent aussi être attirés par la notoriété d’un Lucien Simon ou d’un Lemordant, héros emblématique de la guerre, ou encore par Auguste Dupouy qui s’est constitué  un beau réseau d’amis et de connaissances dans le milieu de l’art et de la littérature.

L’accès au bout du monde est désormais plus facile. Le chemin de fer permet d’arriver plus rapidement qu’autrefois à Quimper. Là les artistes ont le choix : soit continuer par le train jusqu’à Saint-Guénolé soit prendre le car qui dessert quotidiennement la pointe bigoudène à partir de 1919. Certains effectuent même le voyage en voiture, l’achat d’une automobile n’étant plus un obstacle pour certains artistes issus de la grande ou de la moyenne bourgeoisie.

Les conditions d’hébergement se sont encore améliorées. Si l’Hôtel Charpentier n’existe plus, de nouveaux hôtels ouvrent leurs portes : l’hôtel Continental vers 1917, l’Hôtel Moguérou et l’Hôtel de la Gare au début des années vingt, le Café de la Mer (8) au milieu des années vingt, offrant en tout une quarantaine de chambres supplémentaires. Certains artistes prennent aussi une chambre chez l’habitant, d’autres, grâce à des relations familiales ou amicales, sont hébergés dans les villas bourgeoises du bord de mer, construites pour la plupart par des passionnés d’archéologie, d’art et de littérature.

Il y a aussi d’autres artistes qui ne passent que quelques heures sur place avant de regagner Loctudy, l’Ile-Tudy, Bénodet, Quimper ou les colonies d’artistes d’Audierne, de Douarnenez, de Concarneau ou de Camaret.

En tout ils sont au moins 80 à avoir œuvré à Saint-Guénolé pendant cette période.

Liste des artistes de cette période (1919-1940)

Robert Antral, Georges-Louis Arlaud, Emile-Just Bachelet, Henri Barnoin, Pierre de Belay, Abel Bertram, Georges Boisselier, Jacques-Hubert Bonnefoy, Joseph-Félix Bouchor, Victor Boner, Albert Brenet, Buron, Cadic, Céria, Chancerel, Chauffy, Cheffer, Chevalier, Chochon, Delaparede, Delécluse, Désiré-Lucas, Dormandi, Dubreuil, Dupagne, Fleury, Floch, Fougerat, Frechkop, Fromuth, Galand, Garin, Géo-Fourrier, Godet, Grémillon, Gromaire, Guinier, Hoffman, Hourticq, Jacob, Jacquier, Jouas, Knudsen, L’Herbier, Le Guennec, Lemoine, Leuze-Hirshfeld, Malo-Renault, Larce-Laurent, Mareels, Martin, Marzin, Mathey, Méheut, Méguin, Ménardeau, Messac, Micheau-Vernez, Midy, Millet, Paris, Perraudin, Planson, Quillivic, Renefer, Scherbeck, Schwanebach, Sévellec, Signac, Emile Simon, Sollier, Theunissen, Wilmet, Wintz, Yan.

(1) Cet article s’appuie en partie sur les travaux d’André Cariou, en particulier sur son livre Le pays bigouden vu par les peintres .- Spézet : Coop Breiz, 2017 .- 112 p. : ill.

(2) La chapelle de la Joie par exemple est probablement le monument breton le plus représenté dans l’art. Pour rappel, la chapelle ne fait pas partie de Saint-Guénolé.

(3) Ce découpage constitue un simple cadre, certains artistes ont été présents à Saint-Guénolé pendant plusieurs périodes. Dans ce cas je les ai rattachés à la période où leur production m’a paru la plus intense et significative.

(4) Ce thème de la tempête cessera d’être à la mode au milieu de XIXe.

(5) J’ai choisi d’intégrer dans cette liste les auteurs d’œuvres intitulées « Les rochers de Penmarc’h », expression qui désigne presque toujours les rochers entre Krugen et Poulbriel.

(6) Paul Gauguin découvre Pont-Aven en 1886.

(7) Un quatrième hôtel ouvre vers 1900, le « Grand hôtel des Goëlands« .

(8) Il possède quelques chambres, c’est le futur Hôtel de la Mer.

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