Goélands, château des

Surplombant les amas rocheux des parages de Tal ifern, se trouve la célèbre villa des Goélands, appelée « Maner Parizian » par les autochtones. Cette villa, souvent qualifiée de « château » fut construite à partir de 1888 par Gustave Salavy, médecin niçois fortuné, passionné de théâtre (1).

« En 1888, M. Salavi fait creuser des caves à l’emplacement du château qu’il compte construire ; il n’épargne ni la poudre, ni les leviers. » En 1889 la villa est construite, entourée d’un mur de clôture. « Il fait creuser à un mètre de profondeur, refait le terrain au moyen de terres rapportées, de fumier, de goëmon ». Notons au passage que selon P.R. Giot les terres en question proviennent en totalité ou en partie du tumulus de Rosmeur. « Il fait construire des serres aux entours intérieurs du mur de sa propriété, y plante 5000 pieds de vigne (1890-91) (2).»

Puig de Ritalongi fit partie des premiers visiteurs :

« De la chapelle de La Joie, nous avons aperçu, tranchant sur l’immensité compacte de la mer et du ciel, une silhouette carrée, qui de loin nous a laissé l’illusion de quelque formidable forteresse (…) Le château des Goëlands, villa à l’Italienne des plus pittoresques, stupéfie par ses dispositions inusitées » Suivent cinq pages de compte-rendu de visite souvent dithyrambique (3).

La villa d’origine avec son toit plat et son escalier monumental qui mène à la porte du 1er étage. Carte postale Villard n°821.

La villa ne plaisait cependant pas à tout le monde : l’écrivain Victor Segalen, de passage à Saint-Guénolé en aôut 1899, la jugea très sévèrement :

« Et pendant plusieurs centaines de mètres il nous faut longer un mur inepte, couronné de zinc, rongé déjà, par sa crête, miné par sa base, et enserrant une ignoble bâtisse quadrangulaire, massive, entourée de serres immensément déplacées. La façade tournant le dos à la mer, fermée d’une grille de fer, débris du vieil opéra-comique, décorée de vasques de bronze de même provenance, ne répare pas, bien au contraire, l’impression désastreuse épanchée par cette fantaisie de millionnaire véreux, pseudo-médecin, boursier heureux, qui vint un beau jour s’y ruiner, étourdiment, en dégradant de cette maçonnerie déplacée, saugrenue, l’admirable terre-plein de Saint-Guénolé.    « Ce monument est dû à la stupidité de son propriétaire » trouva-t-il un jour gravé sur le mur.   Il est à vendre (4). »

En effet, pour Salavy, le rêve dura moins d’une décennie : en 1900 il vendit sa villa aux enchères. Elle fut achetée par le conserveur René Pierre Béziers qui en fit un hôtel. Les propriétaires changèrent, mais le Château des Goélands restait un endroit qui ne manquait pas d’air, témoin cette annonce publicitaire :

« M. Moguérou de l’Hôtel du phare d’Eckmuhl, prévient sa nombreuse clientèle qu’à partir du 1er octobre prochain il s’installe à la villa des Goëlands à Saint-Guénolé-Penmarc’h. Du grand hôtel des Goëlands l’on jouira de la plus belle vue de Bretagne (5). »

La villa subira plusieurs modifications au cours du temps. Une première toiture très discrète remplacera le toit plat d’origine et l’escalier monumental sera supprimé.

Sur cette carte postale Villard on constate que l’escalier monumental a disparu et que l’entrée se fait désormais au rez de chaussée.
Cette photo prise côté nord (carte postale éditée par Tanniou) permet de voir la nouvelle toiture.

Cette toiture se révéla insuffisante et fut à nouveau modifiée à deux reprises (6).

Le château changea à nouveau de propriétaire dans les années 1920, il passa d’abord aux mains de Mademoiselle Papy et Madame Richel (7) qui poursuivirent les activités hôtelières à partir de 1924.

Puis il fut acheté à la fin des années 1920 par le sénateur Paul Lederlin qui en fit sa résidence de loisirs. Le château retrouva alors, pendant quelques années, son faste d’origine. Paul et Marthe Lederlin firent appel au décorateur André Camoin pour y créer une atmosphère de « navire à l’ancre » (8).

« La chambre de Madame »

Ensuite le château fut acheté par Henri et Marie Friant, propriétaires de la biscuiterie des Filets bleus, puis devint la propriété de la Ville de Courbevoie en 1956 qui la transforma en centre de vacances.

Le château des Goélands en 2021

(1) Pour plus de détails, voir les pages que G. Le Guen lui a consacrées. In Le Guen, Gilles .- Penmarc’h…Pp 88-90

(2) Le Coz, François in Monfort, Rémy .- Penmarc’h…

(3) Puig de Ritalongi, Gabriel .- Les Bigoudens … Pp 483-489

(4) Segalen, Victor .- A dreuz an Arvor…

(5) Ouest Eclair du 30 septembre 1911, n° 4633.

(6) Les différentes toitures n’ont pas été détruites, elles ont été conservées sous la toiture actuelle.

(7) Geneviève Papy devient l’unique propriétaire à partir d’avril 1925 (U suppl 458)

(8) La rénovation fit même l’objet d’un article dans une revue d’art : Pomaret, Charles .- La maison dans la mer de Charles Lederlin sur les rochers de Saint-Guénolé .- La Renaissance de l’art français et des industries de luxe, septembre 1930 .- Pp 245-254 : ill .- Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque de l’INHA / coll. J. Doucet. La photo intitulée « la chambre de Madame » provient de cette revue.

* Voir aussi : Portais, Pierre .- Le Château des Goélands : la jolie colonie de vacances ! .- Mouez Penmarc’h, août 2010, n° 56.

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2 réponses à Goélands, château des

  1. ROY Catherine dit :

    Est-il possible de louer votre château pour fêter un évènement familial regroupant personnes du 31 décembre 2018 au 1er janvier 2019 ? je vous remercie de votre réponse.
    Bien cordialement

  2. admin dit :

    Bonjour
    Je ne suis malheureusement pas châtelain!
    Le château des Goélands appartient à la Ville de Courbevoie, vous pouvez lui adresser votre demande.
    Cordialement
    C Cadiou

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