Viben

« Messou ar bibin » (1661, 4E214 129) ; « Mibin » (fin 17e, 60J36) ; « champ ar Vibin »(fin 17e, 60J36) ; « Tal ar ribin » (1728, 4E214 199) ; « Ar ribin » (1728, 4E214 199) ; « Mézou ar vibin » (1830, 60J30) ; « Arribin « (ca 1780, carte dite des Ingénieurs géographes) ; « Parc ar vivin » (1833, 3P159 3, cadastre) : « Corn ar vivin » (1833, 3P159 3, cadastre) ; « Ar Vibit » (1843, 4E 205 382) ; « Wibbine » (1871, Thomassin : Pilote de la Manche…) ; « ar Vibin » (1881, 15U22 59, Mairie de Penmarc’h) ; « Ar wibenn » (1961, Alain Le Berre : Toponymie nautique…Dénomination locale) ; « Ar Viben » (2000, carte IGN 0519OT) Toponymes de Kerbervet

Gaston de Latenay : « De retour de Saint-Guénolé », c.1910 (collection particulière, courtesy Galerie Brugal)

La signification de Vibin qui deviendra Viben reste assez obscure. Vibin serait une forme mutée de mibin qui a le sens de preste, d’agile selon A. Deshayes. Mibin a donné quelques toponymes en Bretagne comme Kermibin. Alain Le Berre quant à lui, traduit Viben par cheville plate.

Une explication non bretonne de la première partie du toponyme peut aussi être avancée, sans aucune certitude là non plus. Elle vient du scandinave et aurait à voir avec la présence possible des Vikings à Pors Carn au Xème siècle. « Un vic est, sur une côte rocheuse, un passage dégagé permettant à plusieurs bateaux à faible tirant d’eau d’atteindre facilement la terre, laquelle est peu élevée  (d’un à deux mètres au dessus du niveau de la mer). »(1) En Normandie le mot vic s’est parfois transformé en vi, comme dans Cap Lévi près de Cherbourg. Je n’ai en revanche pas d’éléments pour traduire bin, la deuxième partie du nom.

L’explication la plus convaincante m’a été fournie par Daniel Le Bris : selon lui, Viben pourrait signifier source, mare, réservoir d’eau. Il rapproche ce mot de kibou = sources, mentionné par Gilles Goyat (2) pour Plozévet et de kibenn = réservoir selon Francis Favereau (3). La forme non mutée pour Saint-Guénolé serait gwibenn. La présence autrefois de trois fontaines au Viben conforte cette hypothèse.

Louis Grégoire (1872-1928) – Bigoudènes à Saint-Guénolé. Sur ce tableau on voit des femmes qui lavent leur linge près d’une des sources d’eau douce du Viben.

Le fond de l’anse était considéré autrefois comme un lieu maléfique. Il était souvent évoqué lors des veillées comme un endroit fréquenté par les korrigans ou l’ankou.

Une sorte de fosse commune a été découverte dans la lande au fond de l’anse du Viben, renfermant probablement des ossements de victimes d’une épidémie de la fin du Moyen Age ou du début de l’époque moderne. (4)

Un corps de garde fut envisagé ou peut-être même établi au Viben au 18e siècle. Sur la carte intitulée [Carte des côtes de Bretagne] 1750-1800, conservée à la Bibliothèque nationale, figurent en effet deux corps de garde à Saint-Guénolé (ils sont notés CG), celui du port et un second dont l’implantation correspond approximativement au Viben. Ce bâtiment, qui semble disposer d’un système d’alerte par signaux, n’a laissé aucune trace dans le paysage.


[Carte des côtes de Bretagne] 1750-1800, Baie d’Audierne (détail). Site Gallica

Dans un environnement très inhospitalier, l’anse du Viben était jadis recommandée aux navires pour des accostages d’urgence. Voici les conseils de Thomassin, auteur du classique « Pilote de la Manche » paru en 1871 :

« Les marins de la localité indiquent Wibbine comme bien plus abordable (que la Torche), parce que la mer ne brise pas à ½ encablure de terre, qu’il n’y a aucune roche sur la route et que le navire, en donnant sur la côte, monte sur un plan de roches unies où il perd certainement sa quille, mais où il vient le beaupré sur les champs où on peut descendre à pied sec. »

Dans ce même ouvrage, Thomassin suggère la construction d’une tourelle blanche au Viben pour guider l’accostage des navires en difficulté (5).

Tempête au Viben

La route qui dessert le Viben fut construite au début des années 1920, elle remplaça le chemin ancien qui courrait sur le Menez, le long des petits murets qui délimitaient le Mejou Layou. La construction de ce chemin vicinal de 2400m. entre Saint-Guénolé et Pors Carn fut votée en février 1922. Cette nouvelle voie était destinée à desservir « l’agglomération de Menez Kerouil et les habitations de la région de Pors Carn », elle devait aussi permettre « aux touristes de visiter le littoral » et faciliter « les transports des produits de la palue de Plomeur aux usines de Saint-Guénolé (6) »

En 1958, un mur de protection de 70 m fut construit au fond de l’anse. Il était destiné à mettre à l’abri la route du Viben qui se faisait parfois balayer par les vagues. Un premier projet de mur de défense avait vu le jour en 1939, mais la guerre empêcha sa réalisation (7).

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L’anse du Viben en 1957, avant la construction du mur. Photo Ouest France 1957 03 21.

C’est au fond de cette anse que le peintre Jean-Julien Lemordant choisit sa demeure. Le Viben servit aussi de cadre principal à un joli conte d’Auguste Dupouy intitulé « Scrafic » (8). La commune de Penmarc’h lui a justement rendu hommage en baptisant « Rue Scrafic » la petite rue qui longe l’anse du Viben côté Rosmeur.

Voir aussi FeunteunFour à goémon, Villa « Ker Maria », Villa « Merry Viben », Villa « la Mouette », Villa « la Rafale ».

(1) Lepelley René. La côte des Vikings : toponymie des rivages du Val de Saire (Manche). In: Annales de Normandie, 43ᵉ année, n°1, 1993. Rivages de Normandie. pp. 17-39; https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1993_num_43_1_1959

(2) Goyat, Gilles .- Description morphosyntaxique du breton de Plozévet / thèse de doctorat préparée par Gilles Goyat ; sous la direction de Francis Favereau .- Rennes : Université européenne de Bretagne Rennes 2 , 2012. – 675 p.

(3) Favereau, Francis .- Dictionnaire du breton contemporain = Geriadur ar brezhoneg a-vreman .- Morlaix : Skol vreizh, 1992 .- 1357 p.

(4) Cornou, Jakez .- Origines…

(5) Thomassin, Charles-Athanase .- Pilote de la Manche…

(6) Archives départementales du Finistère, 3 O 702

(7) Archives municipales, 3 O 40

(8) Dupouy, Auguste .- Scrafic …

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