Reine des Cormorans

Immatriculation : GV 7356

Construit au chantier Le Cœur de Lesconil, il arrive au port de Saint-Guénolé début février 1951. Il est francisé le 30 mars.

Caractéristiques : chalutier thonier

  • Longueur : 15,80 m
  • Tonnage : 42,09 tx
  • Moteur Brissonneau et Lotz de 120 cv. Rares sont les bateaux équipés de ce moteur. Cette entreprise, basée à Nantes, est plutôt spécialisée dans le ferroviaire. Ce moteur sera remplacé par un Baudouin de 160 cv.
  • Signal distinctif : TOPM
  • Cale réfrigérée : 24 tonnes de capacité.
  • Couleurs : d’abord pavois bleu foncé, coque bleu clair, puis pavois vert foncé, coque vert clair.
  • Voiles : trinquette, grand voile, aurique et tape-cul.
Ph Rosine Le Pape reprod possible

Le « Reine des Cormorans  » (GV 7356). Collection Rosine Le Pape.

« Reine des Cormorans » appartient à un armement constitué à parts égales par Albert Boënnec, Albert Cossec et Joseph Cleach. En 1951, c’est une des plus importantes unités du port. Albert Boënnec en assure le commandement, sauf de 1955 à 1958 où il est remplacé par Albert Cossec.

« Reine des Cormorans » privilégie encore les pêches saisonnières, contrairement aux bateaux qui seront construits les années suivantes.
Il pêche le maquereau de dérive de la fin de l’hiver au mois de mai, puis après quelques semaines de chalut, il enchaîne avec le thon. En fin d’automne et en hiver il pratique le chalutage côtier. En 1956, il change de programme en allant chaluter au printemps près des côtes britanniques. Mais l’expérience n’est pas concluante et l’année suivante, il laisse tomber le chalut hauturier et repart au maquereau ; par la suite il ne fera presque jamais plus le « nord ».

Le 1er mai 1954, « Reine des Cormorans », qui pêchait le maquereau dans le suroit d’Armen, tombe en panne de moteur dans la tempête. En soirée, Albert Boënnec décide d’utiliser les voiles pour s’éloigner des zones dangereuses. Le lendemain matin le « Reine des Cormorans » signale à Radio Conquet qu’il est en panne à 15 milles au sud-est de Penmarc’h. La préfecture maritime déclenche alors une intervention d’urgence. Deux avions de Lann Bihouée partent à sa recherche, ainsi que le « Capitaine de Vaisseau Richard ». Les secours sont interrompus par la nuit et l’inquiétude grandit ; ce n’est que le lendemain qu’on apprendra que le « Reine des Cormorans » est parvenu à rentrer à la voile au port de Concarneau

Le 16 mai 1955, à 45 milles au NW de Penmarc’h, dans la tempête, « Reine des Cormorans » essaye de manœuvrer pour récupérer un des marins de « l’Aimé Jean Louis » tombé à la mer. Albert Boënnec, se risque même vainement, au péril de sa vie, à plonger pour le sauver. Il sera d’ailleurs récompensé de la médaille d’argent du sauvetage pour cet acte de courage.

Médaille du sauvetage, Albert Boênnec, Mouez 46

Diplôme accompagnant la médaille de sauvetage. Publié dans Mouez Penmarc’h n°46.

De 1958 à 1960, le « Reine des cormorans » accumulera les ennuis et les mésaventures. Le 23 février 1958, vers 2 h 45 du matin il est abordé au large d’Ar Men, par le cargo « Ville de Djibouti ». Malgré son étrave enfoncée, il parvient à rentrer à Saint-Guénolé par ses propres moyens.
6 septembre 1958 : il est victime d’ennuis mécaniques dans le Golfe de Gascogne, assez loin des autres thoniers. Le « Tonton Louis », qui a entendu son appel, tente de le rejoindre. Le 7, le « Reine des Cormorans » tombe aussi en panne de phonie. Le 8, le « Tonton Louis » n’a toujours pas localisé le « Reine des Cormorans ». Il est envisagé de faire décoller un avion pour le rechercher. Le 9, il est enfin retrouvé. Remorqué par le « Stéfen Couz », il fait route Saint-Guénolé, où il arrive le 10. Mais ses ennuis ne sont pas terminés. En voulant accoster, le bateau s’échoue. Le « Marie Pierre » tente de le déséchouer, mais la remorque casse, emportant une partie de la lisse, le « Reine des Cormorans » se couche alors sur le flanc, heureusement sur une zone sableuse. Il ne sera déséchoué qu’à marée haute.

Début mars 1959, il se retrouve en panne d’embrayage dans le mauvais temps. Après avoir tenté de rentrer à la voile, il est pris en remorque avec beaucoup de difficultés par le « Marie Pierre ». Comme il est impossible de rentrer à Saint-Guénolé à cause de la tempête, ils vont s’abriter à Concarneau.

Le 10 janvier 1960, alors qu’il approche de Lorient, le « Reine des Cormorans » lance un appel de détresse dans la nuit, à 3h 37. Il est victime d’une forte voie d’eau, son moteur est noyé, il demande l’assistance d’un canot de sauvetage. A 3h 41 il parvient à relancer le moteur. A 4h 25 il signale qu’il fait route Lorient au ralenti et qu’il n’a plus besoin d’assistance.

Quelques jours après, le 17 janvier, il tombe en panne de moteur et de phonie à 20 milles au large de Belle-Ile. Le 19, le canot de sauvetage de Belle-Ile part à sa recherche, tout comme le chalutier « Reine des flots » de Saint-Guénolé, mais ils n’arrivent pas à le localiser. Le 20, « Reine des Cormorans » est repéré en matinée par un cargo hollandais. Le canot de sauvetage repart, ainsi qu’un avion de la base de Lann Bihoué, mais gênés par une faible visibilité ils ne parviennent pas à le retrouver. Le 21, vers 15 heures, l’avion Neptune parvient à localiser « Reine des Cormorans », à 9 milles du feu de Goulphar. Le chalutier lorientais « Jean et Jeannette » le prend en remorque jusqu’au port du Palais à Belle-Ile. L’équipage n’avait plus que du poisson et du café comme nourriture.
Il est désarmé à la suite de cet incident et vendu aux Sables d’Olonne en février 1960. Il est rapidement racheté par trois armateurs d’Abidjan et poursuit sa carrière en Côte d’Ivoire, au moins jusqu’en 1966, exploité par la Société Ivoirienne de Pêche.

J’ai retrouvé plusieurs noms de marins qui ont fait partie de l’équipage du « Reine des Cormorans » : Robert le Bec, Alexandre Carval, Joseph le Cleach (mécanicien), Corentin Coïc, Joseph Coïc, Pierrot Cossec, Marcel Dandelot, Jacques le Donge,  Roger Donnard, Benjamin Drezen, Jean Frochen, Louis Garrec, Francis Gloaguen, Joseph Guénolé, Gustave Jégou, Albert Loussouarn, Pierre-Jean Mazo, Elie Monot, Alexis Morzalec, Hyacinthe Nedelec , Sylvain Ollivier, Corentin le Pape (mécanicien), Yvon Le Roux, Laurent Simon, Yvon Stephan, Jean Tanneau, Joseph Tanneau, Marcel Tanneau.

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