Aod

[Aod], aot, aöt, aut = grève. Le mot aod est un emprunt au latin “altus”avec le sens de haut, élevé. Il a évolué en “rive”, puis en “grève” ou “rivage”.

« Parc-var-an-aöt » (1825, 60J35) Toponyme de Kerouil

Cette parcelle s’étend entre le côté nord du marais de Kerouil et la Rue Lucien Larnicol. Il s’agit du « champ (donnant) sur la grève ».

Cette grève de l’ouest de Saint-Guénolé, à partir du port jusqu’à la chapelle de la Joie, est décrite de manière précise par le juge de paix du canton de Pont-l’Abbé en avril 1855. A la suite d’une plainte, il se rend sur place pour constater la présence de tas de goémon sur le sommet et le versant des dunes, en infraction à la réglementation. Accompagné de Vincent Tanneau, maire de Penmarc’h et de la plupart des inculpés il va parcourir la grève en distinguant cinq secteurs : « Pors Saint-Guénolé », « Aot an enes », « Aot an toul dour », « Pen ar beg » et « Creis an aot ».

« Aot an enez » (1855, 53 U 5 60)

[Aod an enes] = Grève de l’Ile (grève de l’Ile Fougère). Ce secteur, autrefois situé au sud du port de Saint-Guénolé, commence en face de l’actuelle rue Ile-Fougère :

« Pors Saint-Guénolé (…) finit d’un chemin chartier qui coupe le sommet de la dune, qui est creusée et là commence aot an enez »

Aot an enez se termine au débouché du canal :

« Ici se trouve l’aqueduc de l’étang de la Joie aux héritiers de M. Le Bastard de Quimper, commence l’endroit dit aot toul dour ».

Au nord du canal on trouve un chemin charretier récent  « qui a été pratiqué pour confectionner l’aqueduc ».

 

« Aot toul dour » (1855, 53 U 5 60)

[Aod] toul dour = Grève du trou d’eau. Aot toul dour se trouve entre le débouché du canal et Pen ar Beg. Ce nom laisse supposer qu’avant sa canalisation, le ruisseau s’étalait en formant une grande mare à son estuaire.

 

« Creis an aot » (1855, 53 U 5 60)

[Kreis an aod] = Milieu de la grève. Creis an aot va de Pen ar Beg au plateau rocheux qui commence au nord de la chapelle de la Joie. Il correspond à l’actuelle plage de la Joie. Le juge signale une particularité de cette grève dans sa partie sud : « en cet endroit la dune est défendue par des galais »

 

« La petite grève » (1723, B4448)
« An aut bihan » (1733, BMS Beuzec-Cap-Caval)
« An aod vihan » (1904, Service hydrographique de la Marine, Plan des roches de Penmarc’h)
« An aod vihan » (1961, Alain Le Berre : Toponymie nautique…Dénomination locale) Toponyme de Kervédal

Cette expression désigne la plage qui sépare la pointe de Pors Carn de la Torche. Après la Torche c’est an aod vraz. Le toponyme An aod vihan n’est plus guère employé aujourd’hui ; il a été supplanté par   » plage de Pors Carn ». J’ai néanmoins choisi, par souci de clarté de lui consacrer un article. On trouvera donc uniquement ici ce qui se rapporte à l’estran sableux, les autres aspects : rochers, falaise, habitat se trouvent dans l’article Pors Carn.

An aod vihan a longtemps servi de refuge aux bateaux en difficultés dans la baie d’Audierne : ils s’échouaient sur le sable et s’en tiraient assez souvent sans gros dégâts. Depuis le XVIIIe plusieurs naufrages ont laissé des traces dans les archives ; il est impossible de les recenser tous ; je me bornerai à en citer les plus connus.

Ainsi, c’est sur An aod vihan que s’échoua le 23 août 1794 la frégate « Le Volontaire », incendiée par les Anglais. Elle y demeure pendant deux mois, deux longs mois pendant lesquels la population déjà victime de nombreuses privations est tenue de nourrir les soldats naufragés.

Autre naufrage spectaculaire au même endroit le 19 janvier 1866, celui du « Dewdrop » de Jersey : sa cargaison d’oranges fut vendue sur place aux enchères.

Le 20 octobre 1879, c’est le trois-mâts norvégien de 543 tonneaux « Irène » chargé de pièces de bois qui, pris par la tempête, vint s’échouer sur la plage, l’équipage fut heureusement sauvé.

Le 22 octobre 1881, six sardiniers s’échouèrent par une violente tempête de sud.

Le 13 décembre 1886, naufrage de la chaloupe « Polina » du Guilvinec ; les 9 marins furent sauvés.

Le 8 décembre 1893, naufrage de la chaloupe « Avantage » de Saint-Guénolé : 1 rescapé et 4 disparus

29 septembre 1903, naufrage après quatre jours de tempête du dundee « Saint-Charles », thonier de l’Ile d’Yeu ; les marins furent sauvés.

30 septembre 1912, une violente tempête surprit les bateaux de pêche en Baie d’Audierne, beaucoup d’entre eux vinrent s’échouer sur la plage. Voici un extrait du compte-rendu de l’enquête effectuée par la Société centrale de Sauvetage des naufragés à cette occasion :

« …Nos intrépides marins bretons ont été, pendant cette triste journée, à la hauteur de leur réputation d’héroïsme. C’est ainsi que le canot de Saint-Guénolé, le Maman-Poydenot, de la Société centrale de Sauvetage des naufragés, patron Riou, sorti au plus fort de la tempête, à 2 heures et demie, a sauvé au large, d’une mort certaine, l’équipage d’un bateau de pêche, puis, dans la baie de Port-Carn, a travaillé jusqu’à minuit pour mettre à terre huit équipages de barques en perdition, en tout 52 hommes. Que Jegou (Joseph), patron du canot de sauvetage de Kérity, se trouvant à la mer au moment de da tourmente, dans son bateau de pêche le Charles-Roux, sauva au large d’une perte certaine les sept hommes de l’Eole, puis, dans la baie de Port-Carn, mit à terre avec son canot, au péril de sa vie, vingt et un hommes, formant les équipages de barques en perdition. Que les patrons de pêche Cloarec, Salaun et Durand sauvèrent au large, chacun avec son bateau, les vingt et un hommes formant les équipages de trois barques. Qu’enfin, douze marins, dont nous avons les noms, organisèrent également à Port-Carn, avec une petite baleinière, La Marguerite, le sauvetage de sept équipages en détresse sur des bateaux de pêche en perdition. Une pareille énumération d’actes véritablement héroïques se passe de commentaires (1). »

 

Depuis la fin de la marine à voile les naufrages ont considérablement diminué sur An aod vihan. L’abandon de ce toponyme au profit de « plage de Pors Carn » n’est d’ailleurs pas fortuit ;  il correspond à un changement important d’activité : la plage est progressivement devenue un lieu de loisirs, atout touristique pour la commune de Penmarc’h.

La plage, jusqu’à la fin du XIXe, était un « territoire du vide » (2) arpenté uniquement par quelques pêcheurs et ramasseurs de goémon.

Elle s’est progressivement transformée vers 1897, date clé pour le tourisme bigouden avec la mise en service du phare d’ Eckmühl. A partir de cette période la plage de Pors Carn commença à attirer, à l’instar de Benodet ou Loctudy, mais en proportion moindre, les premiers adeptes des bains de mer. Qui étaient-ils ? Essentiellement des familles bourgeoises hébergées dans les hôtels flambant neufs de Saint-Guénolé ainsi que les propriétaires des villas environnantes. La population locale n’était pas encore concernée ; elle se contentait de regarder ces baigneurs d’un œil amusé, voire narquois.

La grande démocratisation des bains de mer en France commença en 1936, conséquence de la politique menée par le gouvernement de Front populaire visant à une réduction du temps de travail. L’image d’Epinal de l’été 36 représente un couple de vacanciers en tandem filant vers la plage. Malgré son éloignement des grandes villes, Saint-Guénolé au dire des anciens, ne fut pas épargné par ce phénomène.

Les pratiques des habitants de Saint-Guénolé commençaient déjà à évoluer quand arriva la deuxième guerre mondiale. An aod vihan fut alors considérée par la Wehrmacht comme un lieu de débarquement possible, en conséquence la plage et les dunes devinrent zone militaire et furent partiellement interdites à la population. Les dunes furent minées (voir article Toull Gwin) et la plage servit souvent de terrain de manœuvre à l’armée allemande.

La population de Saint-Guénolé s’appropria véritablement An aod vihan après la guerre. Les beaux dimanches d’été la plage de Pors Carn était noire de monde : touristes, enfants en colonie de vacances, jeunes gens de Saint-Guénolé, mais aussi, un peu en retrait, bigoudènes en coiffe et marins. Ces derniers, contrairement à beaucoup de leurs aînés, savaient nager (3) et n’hésitaient pas à rejoindre la cohorte des baigneurs. La plage se transforma : au début des années 1950 un portique à balançoires, un toboggan, un filet de volley-ball furent installés devant la dune (4).

Depuis la fin des années 1970 avec le développement de la planche à voile suivi par la vogue des autres sports de glisse, la plage de Pors Carn connaît encore une nouvelle transformation, ce ne sera probablement pas  la dernière.

Voir aussi : Pors Carn, Villa de la Plage.

(1) Revue maritime .- Octobre-décembre 1912 .- P 220.
(2) Corbin, Alain .- Le territoire du vide
(3) Les jeunes marins qui ne savent pas nager apprennent les rudiments de la natation lors de leur service militaire.
(4) Portais, Pierre .- Pors Carn les bains .- Mouez Penmarc’h, n° 32, août 2008.

 


 

 

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