Cleu

Ar c’hleur, ar c’hleuz, Cleu, [Kleuz] = fossé avec talus. Kleuz procède du vieux breton clud au sens de retranchement.

« Coin ar c’hleuz » (1961, Alain Le Berre : Toponymie nautique…Dénomination locale)
« Korn ar c’hleuz » (XXe s, témoignage oral) Toponyme nautique
 

Korn ar c’hleuz au premier plan.

Korn ar c’hleuz se situe à l’est de la pointe d’ar Gammes. Alain Le Berre proposait la traduction suivante : « coin de la cavité ». Je penche pour une toute autre explication : à mon avis korn ar c’hleuz fait référence à l’angle nord-ouest du talus fortifié qui protégeait autrefois la péninsule de Pors Carn.

Le plateau de Pors Carn était ceinturé au nord et à l’est par un talus bordé de pierres posées de chant.

Carte de la presqu’île de Porz-Carn par le Commandant Bénard (1)

Ce talus date-t-il vraiment du néolithique comme l’affirme Bénard ? Si c’est le cas, il a été réemployé et remanié pendant le haut Moyen Age. Il est (en partie ?) postérieur aux tombes découvertes en 1935 et 1946 qu’une datation au carbone 14 situe dans une fourchette comprise entre 630 et 900 (2) Nous sommes peut-être ici devant les restes d’un retranchement viking du début Xème siècle. Dans cette hypothèse, ce retranchement d’une superficie estimée à 1 hectare (3) avait pour fonction de protéger le port de Pors Carn (voir Korn ar bleizi zu) et la colonie scandinave installée près du site.

Vestige du talus fortifié qui protégeait Pors Carn.

 
« Penguen ar hleu men » (1805, 60J37) Toponyme de Kervédal ou Kerbervet

Penguen ar hleu men est composé de pengenn = planche, arpent de ar c’hleuz = fossé avec talus et de maen = pierre : c’est l’Arpent du fossé au talus de pierre. Kleuz procède du vieux breton clud au sens de retranchement. Selon Léon Fleuriot « les limites territoriales étaient souvent marquées au haut Moyen Age par le vieux breton clud ». Francis Gourvil pense que ce nom servait aux premiers immigrants bretons à désigner des retranchements datant des époques gauloise ou gallo-romaine (4).

Ce toponyme n’apparaît qu’une fois et demeure difficile à situer précisément : il suit un article consacré à Kerbervet et précède un autre sur Kervédal. Il s’agit peut-être du talus de Pors Carn (voir ci-dessus).

 
(1) Bénard, Charles .- Importance archéologique de la région de la presqu’île de la Torche / Charles Bénard, Pierre-Marcel Favret, Georges Boisselier .- BSAF, 1919, t. XLVI .- Pp 172-192 : ill.
(2) Giot, Pierre-Roland .- Les dunes de la baie d’Audierne et leurs abords in Chronique de préhistoire et de protohistoire finistériennes pour 1985 .- BSAF, 1985, t. CXIV .- Pp 9-14.
(3) Le Guennec, Louis  .- [Penmarc’h, notes manuscrites] .- Archives départementales, 24 J 37
(4) Deshayes, A .- Dictionnaire des noms de lieux
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