Les années 1880

Évolution de la population de Saint-Guénolé 1880-1889

Une forte mortalité due à la variole et à la grippe touche Penmarc’h en 1881, mais Saint-Guénolé est relativement épargné. Ce ne sera pas le cas à la fin de la décennie, en 1888 et surtout en 1889, année dramatique pour Saint-Guénolé avec 48 décès, causés pour la plupart par des maladies infectieuses. Plus de 7% de la population disparaît en quelques mois!

Recensement de 1881

La population de Saint-Guénolé fait un bond en 1881 : elle est passée à 516 habitants contre 392 en 1876, soit 32 % d’augmentation ! Elle représente dorénavant 18 % de la population de la commune (14,8 % en 1876 au dernier recensement). Il y avait 84 foyers en 1876, on en compte 119 en 1881. Ces familles disposent quasiment toutes de maisons individuelles : Saint-Guénolé en possède 117. La plus forte progression concerne l’Ile Fougère, quartier du port et des usines, où le nombre de foyers passe de 11 à 20. Kerouil passe de 31 à 39, seul Kervédal régresse.

Les nouveaux arrivants viennent pour la plupart du Pays bigouden, beaucoup sont même originaires du reste de la commune, quatre sont du Guilvinec. On relève aussi 2 familles concarnoises et trois familles issues d’autres départements.

Il n’y a jamais eu autant de paysans et paysannes à Saint-Guénolé qu’en ce début des années 1880 (plus de 170). Cependant, en proportion, les métiers de la terre régressent : ils ne représentent plus que 77 % du total (88 % en 1876). Ces paysans sont indépendants pour la plupart (80 %), on ne compte qu’un seul journalier et 8 journalières. On compte aussi 24 domestiques de plus de 16 ans (19 femmes et 5 hommes ; ils ont souvent moins de 20 ans).

Le nombre de marins a augmenté : il atteint 26 contre 15 cinq ans plus tôt. Témoins de l’industrialisation naissante, de nouvelles professions apparaissent : on trouve huit ferblantiers, chargés de fabriquer les boîtes de conserve, deux gérants d’usines : Gustave Buchoult et Auguste Dupouy (recensé comme négociant), trois commis et un employé. En revanche les ouvrières d’usine n’apparaissent pas dans le recensement. Cela s’explique probablement par le fait que ce sont des saisonnières et comme le recensement a lieu en fin d’année elles n’ont pas fait mention de cette activité. Mais on imagine que pendant la saison de la sardine, une grande partie des femmes et filles de marins, ainsi que certaines journalières ou épouses de petits paysans travaillent à l’usine.

Les métiers traditionnels résistent encore un peu. On a un tisserand : Jean Faou et deux meuniers : Rieul Kervarec et son fils Jean Marie. Par ailleurs on recense un tailleur (Guillaume Drézen). Curieusement on trouve seulement un maçon (Jacques Roux). Visiblement la poussée immobilière n’a pas encore commencé.

Le nombre de commerces augmente un peu : on dénombre deux débits de boisson, celui de Corentin Kersalé à l’Ile Fougère et celui, éphémère, de Jeanne Grille, épouse Toulgoat, à Kergarien, sans compter celui de Guillaume Stéphan qui se dit cultivateur mais qui en fait exerce les deux métiers. Trois petits commerces ont ouvert, phénomène révélateur d’une portion de la population qui n’est plus autosuffisante. Ils sont tenus par Jean Guichaoua à Kervilon, Marie Jeanne Kerneis, épouse le Rest, et Marie le Roux veuve Tanneau à Kergarien.

A signaler enfin l’ouverture d’un débit de tabac tenu par Jacques Kerc’hom à l’Ile Fougère. Activité annexe sans doute car ce dernier est recensé comme cultivateur.

Recensement de 1886

On compte 615 habitants à Saint-Guénolé en 1886, soit une centaine de plus qu’au recensement de 1881 ! 51 % de la population a moins de 21 ans. Marguerite Loussouarn, veuve Bodéré est la doyenne à 78 ans. La part de Saint-Guénolé dans la population de la commune est passée de 18 à 19%. Le nombre de foyers est de 124 soit cinq de plus qu’en 1881, mais la construction n’a pas suivi car on compte seulement 108 maisons sur le territoire, chiffre inférieur à celui de 1881. De nombreuses maisons abritent deux familles, il s’agit parfois d’enfants adultes qui vivent chez leurs parents, mais la plupart du temps les familles qui se partagent une habitation ne présentent pas de liens familiaux. Cette crise du logement est particulièrement marquée à l’Ile Fougère : dans ce quartier en plein essor, plus d’un tiers des familles est en cohabitation. Une des maisons abrite même trois familles. Vingt-cinq familles ont changé de domicile : cinq ont quitté Penmarc’h, sept se sont installées ailleurs dans la commune et treize autres sont restées à Saint-Guénolé mais en changeant de quartier. Les nouveaux arrivants (15% des 615 habitants) dans leur très grande majorité, viennent d’autres villages de la commune ou des communes proches.

La part des métiers de la terre demeure prépondérante, mais sa baisse s’accélère : elle ne représente plus que 64 % de l’ensemble des professions (elle était à 88 % vingt ans plus tôt). On est passé de 172 paysans, paysannes et assimilés en 1881 à 160 en 1886. Il n’y a plus que 5 journaliers et journalières et 15 domestiques et servantes de 16 ans ou plus.

Un deuxième ensemble de métiers se renforce nettement, il s’agit des marins et des autres professions liées à la mer qui sont 66 à présent. Parmi eux on compte 51 marins pêcheurs soit deux fois plus qu’en 1881, 7 boîtiers ou ferblantiers, 2 conserveurs, 3 gérants d’usine, on trouve aussi un marin de commerce, une ramendeuse et un gardien d’usine.

Les métiers traditionnels qui subsistaient encore en 1881 ont disparu en 1886. Rieul Kervarec et son fils qui étaient meuniers sont devenus marins et Jean Faou le tisserand est décédé.

Les métiers du commerce ne semblent pas encore se développer, mais on sait qu’ils sont sous évalués dans les recensements. En effet certains commerçants exercent aussi un autre métier (cultivateur ou marin par exemple) qu’ils préfèrent mettre en avant lors du recensement. Deux commerçants sont recensés : Corentin Kersalé qui tient une auberge débit de boisson à l’Ile Fougère et Jean Guichaoua qui est installé à Kervilon. Fait nouveau, on compte à présent deux boulangeries et un fournier à Saint-Guénolé. Les deux boulangeries se sont installées dans le quartier de l’Ile fougère, près du port : Louis Auffret d’une part et Jacques le Corre d’autre part (*), quant à Jean Bodéré, il est fournier près de la Tour carrée.

Les métiers de l’habillement ce sont développés en raison certainement d’une forte demande des marins : il y a à présent deux tailleurs et six couturières.

Les métiers du bâtiment commencent aussi à croître avec trois maçons et deux charpentiers. La demande de logement due à la poussée démographique n’y est pas étrangère.

Les métiers de la fonction publique sont également présents avec un garde champêtre, François Tanneau, et aussi depuis l’ouverture de l’école un instituteur et une institutrice.

Signalons aussi la présence d’un rentier, Gustave Salavy, qui s’est installé à l’Ile Fougère pour superviser la future construction du château des Goélands et d’une sage-femme, qui n’est autre que sa jeune nièce, Ima Bonte. Mais rien ne laisse penser qu’elle exerce sa profession à Saint-Guénolé.

Le nom de famille le plus courant à Saint-Guénolé en 1886 est Stéphan avec 11 familles recensées, suivi de près par Drézen (le) et Tanneau 10, Calvez (le) 7, Guéguen et Hélias 5, Berre (le), Bodéré, Durand, Gloaguen, Jégou, Lucas et Souron 4.

(*) La boulangerie Le Corre n’a pas duré, Jacques le Corre est rapidement devenu marin. J’ignore précisément où elle était installée.

Conditions de vie

Les années 1880 sont marquées par la crise de la pêche : la sardine se fait plus rare et est souvent jugée trop grosse par les usiniers. Ce n’est qu’en fin de campagne de 1887 que la sardine revient en abondance. L’agriculture ne va pas mieux en raison d’importations massives. La population affaiblie est beaucoup moins armée pour faire face aux maladies infectieuses (grippe, diphtérie, variole) qui font des ravages, surtout chez les plus jeunes.

Les paysans, qui jusqu’à présent étaient seulement propriétaires des édifices, commencent à acheter les fonds. Ils commencent à utiliser des engrais phosphatés. Une nouvelle culture apparaît sur les palues de Saint-Guénolé et de la baie d’Audierne, celle des petits pois. Elle est encouragée par Auguste Dupouy père, gérant de l’usine Roulland, il cherche ainsi à diversifier sa production en étant moins dépendant des apports de sardine très aléatoires pendant la décennie.

Les chars à bancs deviennent plus courants (* Corentin Le Drézen par exemple, cultivateur à Kerouil, en possède un, comme nous révèle l’inventaire effectué chez lui à la suite de son décès en août 1889, Archives du Finistère, 53 U 5 107). La lampe à pétrole fait son apparition dans certaines demeures. Des nouvelles habitudes alimentaires apparaissent timidement en Cornouaille dans les années 1880, certaines ont probablement commencé à toucher Saint-Guénolé : les conserves de thon, les sardines à l’huile, le tapioca, le rhum, la limonade.

C’est aussi au cours de ces années que certaines familles bigoudènes commencent à pratiquer des méthodes de limitations volontaires des naissances.

Les marins des années 1880

On compte 51 marins à Saint-Guénolé en 1886, auxquels il faut ajouter 6 mousses de moins de 16 ans, soit un total de 57.

Les marins sont jeunes, la moyenne d’âge n’est que de 31 ans. Cette jeunesse est porteuse d’avenir bien sûr, mais le manque d’expérience s’avère criant. Plus de la moitié (53%) exerce le métier depuis moins de 5 ans et les plus anciens ne sont pas forcément les mieux amarinés.  33 % d’entre eux viennent d’un autre secteur d’activité totalement étranger au monde maritime : se sont majoritairement d’anciens cultivateurs (58%) ou journaliers (16%), on trouve aussi deux ex-meuniers, un valet de ferme, un tailleur et un ferblantier.

13 des 57 marins sont patrons pêcheurs : Louis Auffret (1850-1911), Guillaume Cloarec (1858-1913), Marc Cloarec (1853-1894), Guillaume Gloaguen (1856-1944), Jean Jégou (1859-), Jean Jégou (1862-1932), Joseph Jégou (1858-1939), François le Pape (1846-1929), Jean Riou (1850-1897), Vincent le Roux (1865-1952), Isidore Stéphan (1862-1936), Jean Stéphan (1845-1910) et Pierre Tanneau (1861-1928). Seuls cinq des patrons sont propriétaires de leur bateau en 1886.

Origine géographique

44% des marins sont originaires de Saint-Guénolé (ce sont souvent les plus jeunes), 16 % viennent du reste de la commune, en particulier de Kérity. 9% sont nés à Plomeur (en majorité à la Palue), 9% également viennent de Treffiagat (surtout de Léchiagat), les autres sont originaires de Plovan (7%), de Saint-Jean (5%), de Plonéour (4%) et enfin de Douarnenez, Plobannalec et Meilars. A noter que les paysans nouvellement immigrés deviennent rarement marins dès leur arrivée à Saint-Guénolé. Ils prennent généralement une petite ferme et ce n’est qu’au bout de quelques années qu’ils franchissent parfois le pas.

Origine sociale

40 % des marins sont eux-mêmes fils de marins, mais pour la majorité les marins sont des fils de cultivateurs ou de journaliers (47 %). Les autres sont fils de tisserand, de charron, de maçon, de meunier et de tailleur.

On constate que l’environnement familial joue un rôle prépondérant dans le choix du métier de marin. La moitié des marins recensés compte au moins un autre marin dans sa famille. Les plus jeunes sont souvent fils de marins, c’est le cas par exemple de quatre des cinq mousses recensés. Mais le parent peut-aussi être un oncle, un beau-père, un frère, un beau-frère… Il existe même de véritables clans familiaux, héritiers des premiers marins des années cinquante. Par exemple la famille Le Pape : les enfants et gendres de Sébastien (1815-1882), un des pionniers de la pêche à Saint-Guénolé, sont presque tous marins : François le Pape (1846-1929), Pierre le Pape (1853-1934), Alain Guéguen (1841-1913) époux de Anne Marie le Pape (1849-1928), Jean Souron (1850-1935) époux de Marie Jeanne le Pape (1856-1924)

Quartiers d’habitation

Le quartier des marins, dès 1886, est le quartier de Kerouil. 46% des marins recensés habite Kerouil. Les deux autres quartiers sont l’Ile Fougère (19%) et Kergarien (19% également). Les autres quartiers, plus excentrés par rapport au port, conservent leur prépondérance rurale : six marins seulement viennent de Kervilon et trois de Kervédal.

Principaux événements

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