Mardi 2 : beau temps.
Mercredi 3 : « Ar Zent » débarque 100 caisses de langoustines, 410 caisses de divers et une tonne de lisettes, soit 15,3 tonnes. C’est la meilleure pêche depuis le début de l’année.
Dimanche 7 : Stade quimpérois 5 – Cormorans 0
Victoire de la gauche aux élections cantonales.
Mercredi 10 : mauvais temps et mer forte depuis quelques jours ; l’activité est réduite au port.
Jeudi 11 : le « Katy Claudine » de Loctudy est abordé au large des Glénan par le chalutier lorientais « Jumbo ». Il n’y a pas de blessé, mais le bastingage du chalutier loctudiste est défoncé et sa passerelle éventrée.
Un Club du Troisième âge est créé à Penmarc’h.
Vendredi 12 : violente et soudaine tempête sur la Manche et le sud-Irlande, plusieurs bateaux piégés sur Jones bank sont contraints de mettre à la cape, étant trop loin des ports anglais ou irlandais. Les rafales atteignent 150 km/h, la mer présente des creux de presque 15 mètres. Le « Gâs de Saint-Gué » perd trois de ses marins, enlevés par une lame et le « Kruguen » disparaît corps et biens avec cinq hommes à bord. Le « Tamengo » de Lorient fait également naufrage, il y a six victimes. [Voir en fin d’article le récit de Joël Stéphan, patron du « Tréoultré« , présent sur les lieux au moment du drame] Le « Mousse Bihan Couz », qui était aussi en difficulté, est quant à lui sorti de danger. Les aviateurs britanniques qui participent aux recherches affirment qu’ils n’ont jamais connu de pareilles conditions météo. Les hélicoptères interviennent malgré des vents de force 10. Ils doivent parfois remonter dans les nuages de pluie pour se débarrasser du sel qui encrasse leurs mécanismes.
Samedi : la tempête se poursuit avec des rafales de 118 km/h à Penmarc’h. Sur la Manche c’est encore pire. Le pétrolier « Olympic Bravery », échoué à Ouessant depuis janvier est coupé en deux par la tempête.
Dimanche 14 : légère accalmie, mais la mer reste très houleuse.
Vers 11 heures, le « Gâs de Saint-Gué » arrive au port avec le pavillon en berne. Il n’y a que deux hommes à bord, Lucien Cossec, le patron, et Léon Pochic.
Cormorans 2 (Le Louët, Bloch) – Nantes 1
Lundi 15 : retour de la tempête.
La pollution occasionnée par le naufrage de « l’Olympic Bravery » s’étend à Ouessant. L’inquiétude se fait sentir le long du littoral breton.
A marée haute un marin de Saint-Guénolé est enlevé par un paquet de mer et jeté dans le port. Jacky Chevalier, le gardien de but des Cormorans, qui assiste à la scène, saute aussitôt à l’eau et parvient à le repêcher, puis à le ranimer.
Mercredi 17 : lancement du chalutier « Amour », premier navire acier du chantier Pierre Gléhen du Guilvinec.
Naufrage du coquiller guilviniste « Cléopâtre » en baie de Saint-Brieuc. Les deux marins sont sauvés.
Vendredi 19 : le « Cléopâtre » coulé par 8 mètres de fond est renfloué.
Samedi 20 : un service religieux à l’église de Saint-Guénolé à la mémoire des disparus du « Kruguen » et du « Gâs de Saint-Gué » rassemble 4000 personnes à l’intérieur et à l’extérieur de l’église de Saint-Guénolé. Les huit victimes sont : Henri le Bihan, Jean-Claude Boëdec et Jean-Michel Tanneau pour le « Gâs de Saint-Gué » et Richard Daoulas, Jean Garrec, Noël Garrec, Albert Palud et Germain Pochic pour le « Kruguen« .
Dimanche 21 : Angers 2 – Cormorans 0
Lundi 22 : rafales de 107 km/h à Penmarc’h
Naufrage du « Kerz da vell » de Lesconil avec 5 hommes à bord.
Jeudi 25 : un incendie se déclare près des cuves de mazout de l’usine Saint-Gué Coop, mais il est rapidement maîtrisé par les pompiers de Penmarc’h.
Dimanche 28 : Le Havre 1 – Cormorans 1 (Bloch)
Jacky Boxberger remporte le Tour de Pont-l’Abbé.
Bilan mensuel du port : 680 tonnes dont 247 t. de langoustines; 4 686 000 F. C’est bien moins bon que mars 1975.
La tempête du 12 mars 1976.
« 11 mars 1976, nous sommes en pêche dans la zone de « Jones Bank » en compagnie d’une flottille de chalutiers langoustiniers à majorité bigoudène. La mer est agitée, avec un vent d’ouest de 20 nœuds, la pêche est bonne et de bonne qualité. En cette période de l’année, il est très rare que des bateaux s’aventurent très loin de tout abri. L’hiver a été particulièrement clément. Aucun signe précurseur de mauvais temps ne se présente à l’horizon, en soirée quand nous virons le dernier trait de la journée, curieusement, le vent s’estompe. Calme plat, on entend le bruit des moteurs à proximité et on voit les feux des navires très loin dans l’ouest.
Le 12 mars 1976, 7 heures : je monte dans la passerelle avant le branle bas du petit déjeuner, le calme plat me préoccupe d’autant plus que le baromètre descend à vue d’œil. A la radio pas de BMS (1), certains bateaux (« Bibelot », « Coryphée » et « Gloria Maris ») mettent route Newlyn en Cornouailles anglaises, port le plus proche, à 5 heures de route, les autres attendent la météo avant de prendre une décision, d’autres mettent en pêche, dont nous.
Au lever du jour, une petite brise se lève du sud, avec un léger clapot, la visibilité diminue et le ciel se couvre, nous faisons cap a l’ouest en plein dans les bancs (Jones Bank/ Banc 102 ; 95/ banc de Cockburn/ Banc cailloux/ Banc de la fosse).
A 8h 30, la météo du Conquet nous signale un grand frais d’ouest. On constate que le vent se renforce sensiblement, la mer grossit, les grains sont de plus en plus forts et de moins en moins espacés. J’ai un mauvais pressentiment. Un BMS nous avertit qu’une dépression se dirige vers nous.
Avant 10h00, je décide de virer à l’instar d’une majorité de la flottille, d’autres sont cap a l’ouest pour s’éloigner des bancs. Le virage se passe normalement, mais à peine les panneaux hors d’eau, j’aperçois les boules du chalut à la surface tant la dérive est forte. Travers au vent et à la mer qui grossit, le bateau est très vulnérable et un mauvais paquet de mer risque d’emporter tout l’équipage, c’est pourquoi, immédiatement, je mets à la cape. Le poisson trié, sans lavage dans les paniers, est rapidement mis en cale, la barre de maintien du panneau de cale serrée au pont, le chalut sur les piquets du pavois. De chaque côté, une fune virée au treuil maintient les chaluts et les dalots clairs, les panneaux embarqués et saisis. En cape nous faisons le gros dos. Le vent de sud-ouest souffle à présent en tempête, on est obligé de naviguer à la barre hydraulique par manque de puissance du pilote et de doubler la veille car l’arrivée d’une grosse houle déferlante se fait de plus en sentir, le radar inopérant est un risque accru de collision du fait d’une visibilité réduite par les embruns.
Avant midi, un appel bouleversant du patron du « Gâs de Saint Gué » signalant avoir reçu un gros paquet de mer, trois de ses matelots sont passés par-dessus bord, sous la gîte son moteur a stoppé et l’on entend clairement hurler les alarmes de son moteur. Son chalut également est à l’eau sous l’effet du coffrage et, avec l’aide du matelot survivant (il se trouvait dans la cuisine), il doit rapidement l’embarquer sous peine de le voir se prendre dans l’hélice. Il tente encore de récupérer les naufragés. Nous sommes à deux nautiques et je mets le cap sur lui. Au bout d’un quart d’heure, nous recevons par trois-quarts arrière une déferlante qui fait gîter le bateau à 45°, l’eau arrive jusqu’à l’aileron tribord, le chavirage est éminent. Mais doucement le « Tréoultré » reprend son assiette, seul un panneau est désarrimé et le « vis de mulet » du tape-cul, pourtant d’un gros diamètre, est cassé. On reprend la cape, impossible de manœuvrer dans cette mer déchaînée sans mettre en péril le navire.
Quelques minutes après, je reçois un appel radio d’un hélicoptère britannique suivant mon indicatif FZXT. Dans un français impeccable il demande une position et une direction du lieu où se trouve le « Gâs de St Gué ». Avec le bruit du vent, je ne l’avais pas entendu, et c’est sur l’aileron que j’aperçois l’hélicoptère à quelques dizaines de mètres au-dessus de moi, je remarque que sa porte latérale est ouverte, deux plongeurs sont assis. Il me signale au passage qu’il y a des creux de 15 mètres, et il prend la direction du « Gâs de Saint-Gué », hélas il n’y avait pas grand-chose à faire pour ces trois malheureux. La tempête fait rage, le vent vient d’ouest à 80 ou 100 nœuds, à la crête des vagues le tangage fait sortir l’hélice de l’eau et trembler le bateau dans toutes ses membrures.
Vers midi le « Petit comédien » signale qu’il vient de subir une déferlante, son compas directionnel s’est démagnétisé, son cuisinier s’est brûlé.
A 15 heures, il y a un appel désespéré du « Kruguen » signalant avoir reçu un déferlante. Il a subi un coffrage lui occasionnant un déplacement de la passerelle et une forte entrée d’eau dans la salle des machines. Il a mis en fuite. C’est son dernier message, ou retrouvera son épave à quelques centaines de mètres du point d’impact.
Vers 16 heures, alors que nous gardons fermement la cape essayant au maximum de ne pas faire « claquer » la voile pour éviter un déchirement, on croise un navire en fuite , de couleur pavois rouge , coque blanche , je peux lire son nom : « Tamengo » Lorient, ce navire ne possède pas de mat mais un portique à l’arrière sur la passerelle, je suis intrigué quand les deux bateaux se trouvent au creux de la vague, de voir que la porte extérieure le long de la passerelle bâbord et donnant dans la salle des machines est ouverte. Un souci certainement.
A 17 heures, appel de détresse du « Tamengo » qui signale une importante voie d’eau qu’il ne peut maîtriser par 49° 49’ N et 7° 55’ W
A 19 heures l’équipage du « Tamengo » quitte le navire.
Le 13 mars 1976 : au petit jour, le vent de nord-ouest s’étant calmé la nuit malgré une forte houle résiduelle, les recherches prennent cours par secteur carroyé. « Gâs de Saint Gué » met route terre, trois marins disparus.
A 9 heures 30, le « Bruix », chalutier industriel de l’armement Jégo-Quéré, repêche quatre corps flottants par leur bouée de sauvetage, ce sont des marins du « Tamengo ».
A 13 heures 30 le « Riquita » trouve le canot pneumatique déchiré du « Tamengo ». Il rentre à terre, tout comme « Petit Comédien » et « Nymphe de la Mer » qui a deux vitres cassées. Les recherches vont continuer jusqu’à la nuit avec le concours de deux escorteurs de la Marine nationale, le « Savoyard » et le « Bourguignon » et deux Neptune de la base aéronavale de Lann Bihouée.
A 20 heures, le bilan est lourd : 2 naufrages, 10 disparus, 4 morts. Je décide de mettre en route vers la zone de Smalls à l’ouest du Pays de Galles.
Le 14 mars : 8 heures, arrivée sur zone. Devant l’état de la mer devenue laiteuse et une mauvaise météo, je décide de faire route Milford Haven ou relâchent quelques bateaux : « Gars de la Pointe », « Gabrielle Maryvonne », « Etoile d’Or », « Pors Lambert », « Perle de Bretagne ».
Nous rentrons dans le bassin du port à 13 heures 30. Avant de prendre l’alignement d’entrée dans le chenal, nous croisons l’escorteur côtier de la marine nationale « Le Hardi » chargé de la surveillance des pêches, en visite de courtoisie au Pays de Galles. Il nous rend les honneurs, mais le cœur n’y est pas après la journée d’enfer que nous avons vécu et tous ces camarades disparus que l’on n’a pas pu sauver. »
Joël STEPHAN, patron armateur du chalutier thonier « Tréoultré ».
(1) Un BMS (Bulletin Météo Spécial) est un avis d’urgence émis par Météo-France pour alerter les marins de l’arrivée de vents forts