Chantier Léon Gléhen (1946-1950)

« J’ai exercé le plus beau métier du monde » (1)

Léon Gléhen (1925-2019) crée un nouveau chantier de construction navale à Saint-Guénolé en mai 1946.

Déclaration d’immatriculation du chantier en 1946. Archives départementales du Finistère, 1631 W 14

Léon Gléhen est un des fils du constructeur Pierre Gléhen, du Guilvinec. Agé de 21 ans à peine, mais fort de cinq ans d’apprentissage auprès de son père, il installe son atelier au fond du port, sur le domaine maritime. Il se situe sur la dune, au nord de Pen ar beg, près de l’usine Roulland (2). Les premiers mois du chantier sont difficiles, il n’y a pas de courant et les outils sont très rudimentaires. La scie à ruban tourne avec un moteur à essence (3). Mais l’acquisition de nouveaux outils et la mise en place d’une solide glissière de 35 m. sont programmées. Autre difficulté : la plage de lancement est étroite et prolongée par un banc de rochers dangereux. Léon Gléhen espère une intervention rapide du service des Ponts et Chaussées pour faire sauter ces roches.

Le premier bateau du chantier est lancé le 7 février 1947 : le « Mine de Rien » (GV 7088). C’est une pinasse de 5,83 tx et 10 m. de long construite pour Etienne Le Cossec et associés du Guilvinec. Equipé d’un moteur Baudouin de 36 cv, il est destiné à la pêche aux langoustes et aux palangres et comporte des viviers.

Un deuxième bateau présentant les mêmes caractéristiques est lancé en mars : « Rose blanche » (GV 7106). C’est également une pinasse de 5,83 tx et 10 m. de long destinée à Louis Cariou (patron) et Paul le Floch de Léchiagat. Il a un moteur Couach de 18 cv. Il va faire la pêche aux langoustes et comporte des viviers.

Troisième sister-ship, le « Jean et Michel » (GV 7119) caseyeur de 5,83 tonneaux, équipé d’un moteur Couach, construit pour Louis Jégou de Saint-Guénolé est lancé le 10 mai.

Le chantier lance également en 1947 deux petites unités : « Liberté » (GV 7114), canot de 1,98 tx pour Corentin Kerfriden de Saint-Guénolé et « Jean » (GV 7154), plate de 0,43 tx, pour Jean Louis Tirilly. Il semble avoir également construit un bateau pour l’île d’Houat (4).

1948 voit la construction de deux chalutiers. « Espoir de l’océan » (GV 7206), est un chalutier de 26,03 tx et 14,30 m. de long, construit pour Pierre Tanniou du Guilvinec. Il dispose d’un moteur Baudouin de 75 cv.

« Espoir de l’océan » (GV 7206). Carte postale La Cigogne.

Le second se nomme « Stéréden Nord » (GV 7221). C’est un chalutier de 21,06 tx construit pour Corentin et Emile Criquet du Guilvinec. Il est équipé d’un moteur Baudouin de 75 cv.

« Stéréden Nord » (GV 7221). Carte postale, éditeur non identifié.

Les autres constructions de 1948 sont « A Dieu va » (GV 7201), canot mixte de 2,85 tx construit pour Bernard l’Helgouarch. Il est équipé d’un moteur Castelnau de 15 cv. « Grenouille II » (GV 7207), canot de 3,76 tx et 7,67 m de long construit pour Guillaume Durand. Il dispose d’un moteur Baudouin de 10 cv. « Pour ma Jeannette » (GV 7222), canot mixte de 2,85 tx construit pour Louis Autret et « Petit Guy » (GV 7223), pinasse de 5,76 tx construite pour Pierre Cariou de Loctudy

« Grenouille II » (GV 7207). Photo Ouest France (détail)

1949 voit le lancement d’un canot de 1,87 tx nommé « Christian » (GV 7238), construit pour Bernard Soize, puis de deux beaux chalutiers pour le port de Saint-Guénolé.

« Andrée et Alice » (GV 7246), est lancé en avril. C’est un chalutier de 21,06 tx, et 14,39 m de long destiné à Sébastien Le Garrec (patron) et Yves Stéphan. Il a un moteur Baudouin de 75 cv.

« Andrée et Alice » (GV 7246) au premier plan. Carte postale Le Doaré mx472

« Mireille » (GV 7264), chalutier de 23,08 tx et 15,04 de long est construit pour Pierre Guéguen. Il possède un moteur Baudouin de 75 cv.

« Mireille » (GV 7264), carte postale Artaud.

Mais les commandes de chalutiers cessent. Le chantier ne travaille plus que sur des petites unités en fin 1949. « Marie Stella » (GV 7275), plate de 0,46 tx, est construite pour Noël Plouhinec, « Borée » (GV 7280), canot de 0,60 tx, est construit pour Jacques le Brun et « Georges » (GV 7314), canot de 0,96 tx, pour Jean Louis Hélias et Jean Louis Béchennec (5).

En 1950, bloqué par l’absence de commandes et en conflit avec la municipalité, Léon Gléhen retourne travailler au Guilvinec dans le chantier de son père. Le 2 décembre 1952, le conseil municipal donne un avis défavorable à la prolongation de bail de 3 ans demandée par Léon Gléhen. L’aventure du chantier Gléhen de Saint-Guénolé est alors définitivement terminée.

En 1956 Léon Gléhen crée un nouveau chantier à Pors Moro sur la rivière de Pont-l’Abbé, son premier bateau sera un chalutier thonier destiné au port de Saint-Guénolé : « Entre-nous » pour Michel Durand. Cette année 1956 verra aussi la création d’un nouveau chantier à Saint-Guénolé : les Charpentiers réunis.

(1) Cousinié, Noëlle .- Charpentiers de la mer / Noëlle Cousinié ; photogr. de Noël Guiriec ; préf. de Philippe Jeantot .- Rennes : Ouest France, 1992 .- 95 p. : ill.

(2) Il aurait disposé d’une équipe d’une dizaine de charpentiers. cf Coïc, Joseph .- Histoire des chantiers navals du Guilvinec-Léchiagat et historique de l’arrière-port .- Treffiagat : Empreintes, 2014 .- 142 p. : ill.

(3) Ibid.

(4) Ouest France du 15 mars 1947

(5) Construit en 1949 « Georges » est mis à l’eau en 1950.

Cet article fait partie d’un ensemble de trois articles consacrés à la construction navale au XXe siècle :

1 : Construction navale, les débuts (1910-1944)

2 : Chantier Léon Gléhen (1946-1950)

3 : Chantier des Charpentiers réunis (1956-1986)

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